Le jargon de l'IA est partout – le règne du fake – la Flat Curve Society – votre newsletter préférée est de retour avec des dizaines d'infos incroyablement zinzins (mais vraies) sur le flippant (mais fabuleux) monde de la tech… Let's go !
TOUT D’ABORD…
Salut tout le monde !
Petit quiz du jour : vous préférez que tous vos messages privés (WhatsApp, Telegram, Messenger, etc.) soient rendus publics... ou devoir porter une veste Palantir tous les jours pendant un an ? En attendant de répondre à cette grande question existentielle, voici notre petite sélection de news. Allez, c'est parti !
1/ Vous avez récemment reçu un message d’un ami qui vous a donné une étrange impression de déjà-vu ? Des excuses « parfaitement formulées » ou un petit message d’encouragement impeccablement calibré, empathique comme il faut, sans aucune faute mais avec un ton un poil trop générique ? Rassurez-vous (ou pas) : vous n'êtes pas parano. Sur Reddit, les témoignages se multiplient de personnes persuadées que leurs proches utilisent désormais l’IA générative pour répondre à leurs messages les plus personnels (amis, parents, voire matchs sur une app de rencontre). Avec plus d'un milliard d'utilisateurs actifs mensuels, les grands modèles de langage ne servent plus seulement à écrire des mails ou résumer des PDF : ils s'invitent désormais dans nos disputes de couple, nos conversations entre amis, nos mails de remerciement après un entretien (coucou Anne Hathaway)… et même nos messages de condoléances. Dans un brillant billet publié dans la newsletter Burn After Reading, la journaliste Terry Nguyen voit le signe que nous déléguons aux machines ce qui fait justement la valeur de nos relations : le temps, l'effort et la vulnérabilité nécessaires pour trouver les bons mots. Elle s'appuie sur les travaux de la philosophe Lauren Berlant, pour qui les relations humaines sont faites de maladresses, d'incompréhensions et d'adaptation permanente. À l'inverse, l'IA nous vend l'illusion de toujours trouver la réponse parfaite, dans un jargon de plus en plus reconnaissable (le fameux « AI-ese »). La bonne nouvelle ? Plus les machines écrivent parfaitement, plus nos petites maladresses deviennent précieuses. À ce rythme-là, faire une faute de frappe (ou une belle faute d'orthographe bien grasse) sera peut-être bientôt le meilleur moyen de prouver qu'on est encore humain. Vous pensé pa ?
2/ Fake it until you can’t anymore… Cela fait déjà des années qu’on sait que sur Internet, tout est fake : en 2018, on s’émouvait qu’un tiers du trafic en ligne était généré par des robots, aujourd’hui, le trafic de bots a officiellement surpassé le trafic humain. Et cette épidémie touche tout le monde, puisque même le chanteur James Blake s’est ému d’une industrie qui n’a plus rien d’authentique. Mais pour des entreprises comme Meta, le bidon fait partie intégrante du business model : il y a quelques mois, des documents internes révélés par Reuters montraient que ses plateformes affichent chaque jour 15 milliards de fausses pubs, générant environ 10% de son chiffre d’affaires. Au total, Zuck gagnerait 16 milliards de dollars chaque année en diffusant des fausses pubs, une somme tellement délirante qu’elle lui a valu un procès de la Consumer Federation of America. Pourtant en cette période de Coupe du monde de foot, les algos du fake tournent plus que jamais à plein régime : comme le rapporte Libération, les publicités pour de faux maillots de foot inondent Instagram sans que la plateforme ne semble pressée de les bloquer. Moralité : si vous voyez un maillot des Bleus à 13 euros, passez votre chemin.
3/ La Flat Curve Society, ça vous parle ? C'est l'idée portée par l'ingénieur star (passé par Google et Amazon) Steve Yegge, qu'à partir d'un certain stade, les prochaines révolutions de l'IA seront... invisibles pour l'immense majorité d'entre nous. Depuis trois ans, tout le monde s'attend à voir les modèles devenir toujours plus impressionnants. Selon Yegge, nous sommes peut-être en train d'entrer dans une tout autre phase : les modèles vont continuer à progresser de façon exponentielle... mais la plupart d'entre nous ne s'en rendront plus compte. D'abord parce que les IA les plus puissantes pourraient bientôt n'être accessibles qu’aux gouvernements, aux grands labos ou à quelques entreprises triées sur le volet. Ensuite parce qu'à partir d'un certain niveau d'intelligence, nous ne serons tout simplement plus capables de mesurer leurs progrès. Yegge parle du « Demand Horizon » : tant que vous ne soumettez pas aux modèles des problèmes suffisamment complexes, les dernières versions vous paraîtront toutes identiques. Il appelle cela la « Flat Curve Society » (à ne pas confondre avec la Flat Earth Society, bien sûr) : non pas une société où l'IA cesse de progresser, mais une société où sa courbe de progrès nous paraît plate parce qu'elle dépasse notre capacité à la percevoir. Le plus troublant ? C'est peut-être ce qui explique pourquoi tant de développeurs racontent aujourd'hui avoir le sentiment d'être devenus des « AI-babysitters » : les modèles continuent à progresser... mais notre travail consiste déjà davantage à les superviser qu'à constater qu'ils deviennent plus intelligents. Alors, vous la voyez, la courbe ?
ET POUR FINIR… LE BON PLAN (PROMO) DE LA SEMAINE
Nous sommes en 2023, et une chose inédite se produit : pour la première fois, deux grands assureurs californiens décident de ne plus couvrir les biens immobiliers de nouveaux clients en raison de la multiplication des incendies dans la région. Derrière cet événement, il y a un mot : l’assurabilité. C’est notre capacité collective à faire face à des risques de plus en plus fréquents, intenses, et divers (climatiques, mais aussi cyberattaques, pandémies, etc.)
Pour mieux comprendre, Allianz France a lancé un blog. Au programme : des formats pédagogiques mais aussi des regards croisés d’experts. Parce que l’assurabilité, au fond, c’est l’affaire de toutes et tous.
Pour découvrir ces formats et mieux vous informer, ça se passe par ici.
Allez, bisous !
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(Et une bonne fin de semaine à tous). ❤️🔥
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Bonus : Prêts pour le RAMageddon ? – Des soupçons de trafic d’enfants (!) sur Vinted – Vu que les LLM sont de plus en plus chers à faire tourner… Dites bonjour aux SLM – Polaroïd tire à balles réelles sur les data centers – Les machines dans les hôpitaux anglais sont en panne avec la chaleur – Les retraités de la tech sont de plus en plus jeunes (et ils le vivent bien) – Ouf : Meta ne va plus tracker les claviers de ses employés – La vague anti-IA devient massive aux États-Unis – Et selon la couv’ de la semaine de The Economist, nous n’en sommes qu’au début – Pendant ce temps, Google investit 75 millions dans A24 pour développer les films avec l’IA – Zuck bosse tranquillement sur Arena, son application de paris concurrente de Polymarket – Et, pour finir : happy BDAY Station F 🎉 (9 ans déjà) – La suite… tout bientôt !
Nota Bene : si jamais vous recevez ce mail alors que vous vous étiez déjà désinscrit il y a quelque temps, si vous le recevez en double, si vous avez l’impression de ne plus recevoir Tech Trash, ou encore que votre newsletter favorite arrive désormais dans les spams, n’hésitez pas : écrivez-nous à hello@techtrash.fr. On répond à tout le monde (même si ça peut mettre quelques jours), requêtes, questions, mots d’amour… promis 😘