Le goût (des autres)

De la friture de cerveau – l'importance du goût (humain) – bye-bye le métavers (again) – votre newsletter préférée est de retour avec des dizaines d'infos incroyablement zinzins (mais vraies) sur le fabuleux (mais flippant) monde de la tech… Let's go !

Tech Trash
5 min ⋅ 20/03/2026

TOUT D’ABORD…

Salut tout le monde !

On espère que ça va.

Et si jamais vous doutez, dites-vous qu’il y a de fortes chances que certains aillent nettement moins bien que vous. Entre ceux qui déposent des noms de domaines douteux, ceux qui carburent à la kétamine et ceux qui partent en tournée pour prévenir de l’arrivée de l’Antéchrist, le simple fait d’être ici, à lire Tech Trash, vous place déjà dans le haut du panier. Allez, c’est parti ! 

1/ On vous avait déjà parlé des deux dernières grosses études de la Harvard Business Review sur l’IA au travail, rapportant d’un côté le phénomène de « workslop », à savoir une sorte de « capitulation cognitive » dans laquelle les employés, démotivés, confient des tâches à l’IA sans vraiment prêter attention au résultat, et de l’autre le phénomène de « burnout de l’IA » chez celles et ceux qui l’utilisent un peu trop au boulot. Cette semaine, rebelote : c’est au tour du cabinet de conseil BCG de dégainer LA nouvelle étude pour alimenter le débat productivité vs IA. Verdict : en interrogeant près de 1500 travailleurs américains, l’étude nous explique que celles et ceux qui utilisent au maximum trois outils d’IA affirment ressentir une augmentation de leur productivité. Au-delà par contre, ça ne marche plus : le fait de superviser trop d’agents IA à la fois (pourtant censés faire le boulot à la place de celui qui les emploie), provoquerait chez les travailleurs un « AI brain fry », une sorte de brouillard mental permanent (et persistant). Et comme le résume le chercheur Carl Hendrick : si le travail a l’air d’être de la simple supervision, il exige en réalité un degré d’attention et une hypervigilance que notre cerveau n’est tout simplement pas conçu pour maintenir indéfiniment. In fine, cette friture du cerveau finirait par provoquer « une augmentation des erreurs commises par les employés, une fatigue décisionnelle et une intention de démissionner. » Ça fait beaucoup, non ?

2/ 15 ans après l’avènement de « disruption » (mot-clé d’une génération entière d’entrepreneurs, et à l’origine d’innombrables bullshit-quotes), dites bonjour au nouveau magic word de la Silicon Valley : le « taste ». Oui, le goût, celui qui était censé appartenir aux critiques d’art, aux architectes d’intérieur, aux artistes en tout genre – ou, a minima, à ceux qui savent différencier un bon vin d’un mauvais. Selon un article du New Yorker, la nouvelle obsession de nos copains tech bros (après les « hobbits ») et à une époque où tout le monde peut produire tout et n’importe quoi (s’il a accès aux bons outils), c’est le goût (et le fait d’en avoir, donc). C’est la seule vraie compétence qui saura vous différencier, notamment pour ce qui est de « choisir les bons projets dans lesquels investir » (pour citer Marc Andreessen lui-même). Dans la foulée, VC’s et autres founders s’en donnent à cœur joie : « le goût est le nouveau moat » (le moat étant très probablement l’autre buzzword du moment : l’avantage compétitif ultime). C’est vrai que si l’IA centralise toute la production (designer, écrire, peindre, composer, coder), alors TOUT devient commodité, et il ne nous restera pas grand-chose à faire si ce n’est décider, choisir, disposer. Avec du goût, évidemment. Et malgré les efforts des uns et des autres de « labelliser » la production artificielle, il faut se rendre à l’évidence : on va avoir de plus en plus de mal à discerner le vrai du… recopié. Sans oublier que cette réflexion cache une furieuse envie d’automatiser le « bon goût ». Ça existe déjà (en musique, notamment), et force est de constater que c’est pas jojo. Pourtant, s’il y a bien une chose sur laquelle les philosophes sont d’accord, c’est que le goût n’est pas « scalable » : il s’agit de la faculté très humaine de juger du « beau » de façon subjective et d’en être « touché » (ce qui implique par la même occasion l’expression d’une distinction sociale – dixit Bourdieu). Reste à éviter de glisser doucement vers un monde dans lequel ce sont les IA, ou ceux qui les fabriquent, qui décident de ce qui est beau ou pas.

3/ Vous avez certainement vu passer cette info sur Pokemon Go : quand vous jouiez à attraper tous les Bulbizarre du quartier, vous entrainiez en réalité… des robots livreurs de pizza. Mais ce que vous avez sans doute raté, c’est que la famille des travailleurs du clic s’est depuis considérablement agrandie. Et ça commence par les « arm farms » soit littéralement des « fermes à bras », où des hommes et des femmes sont payés (aux États-Unis, mais aussi en Inde), pour se filmer en train d’effectuer des tâches aussi simples que de plier des serviettes, arroser des plantes ou faire du café, histoire d’apprendre aux robots à… en faire de même ! Concrètement, ces arm farms veulent venir à bout d’un célèbre paradoxe de la robotique (dont on vous parlait pas plus tard que la semaine dernière) : celui d’Hans Moravec, qui stipule que « le plus difficile en robotique est souvent ce qui est le plus facile pour l'homme ». Et qui explique pourquoi les robots sont (encore) incapables de marcher correctement ou de faire une simple omelette alors qu’ils arrivent à traiter des volumes de données ultra-complexes à grande échelle. Cela donne ces images assez curieuses rapportées par le LA Times de personnes qui vaquent à leurs occupations domestiques avec une caméra vissée sur le crâne afin que des robots puissent les observer et apprendre, eux aussi, à plier des torchons. En attendant, rappelons également que les robots censés nous libérer des corvées ménagères comme Neo sont aujourd’hui encore très largement téléguidés par des humains tandis que le robot de Tesla Optimus s’évanouit quant à lui carrément quand son opérateur enlève son casque VR. Le « plus grand produit de tous les temps », qu’il disait ?

4/ (bonus). This is the end. Bye bye, bisous, ciao métavers… Ou pas ?? Pendant des années, Meta nous a vendu un futur en 3D immersive avec avatars (sans jambes, au moins au début) et univers coloré mais… vide. Après un flop annoncé et digéré, Meta a décidé il y a quelques jours d’arrêter les frais (80 milliards, quand même) et de fermer Horizon Worlds (le « futur d’Internet », rappelez-vous), en le renvoyant au cimetière des grandes promesses tech. Mais après avoir été rappelée à l’ordre par ses (nombreux ?) fans, l’entreprise a finalement décidé de cramer quelques billets supplémentaires en laissant la machine tourner dans le vide. Du coup, Zuck, on fait quoi ? On s’y remet ?


L’INNOVATION INUTILE DE LA SEMAINE

Tonnerre mécanique

C’est à croire que Will I Am des Black Eyed Peas (vous vous rappelez ?) essaie de concurrencer Elon Musk sur son propre terrain… Eh oui, après la radio à base d’IA, et après nous avoir expliqué que l’IA allait devenir « le nouveau hip-hop » (bien sûr), voici que le musicien et rappeur à succès nous dévoile sa dernière idée (de génie ?) : son « brain on wheels » Trinity, la première moto électrique croisée avec… un assistant IA. Paf ! 

Le concept est simple : imaginez-vous dans un monde surpeuplé dans lequel les humains passent la majorité de leur temps dans les bouchons… Rien de tel qu’un agent IA (directement incorporée dans une moto, comme à la télé) qui écoute ce qu’on lui raconte dans le casque et qui arrive à traiter toutes les tâches pendant qu’on ride ! « Je suis un créateur artistique grâce à la tech » affirme tout de go notre cher Will, insistant sur le fait que sa « trinité » n’est autre que le croisement inattendu entre un humain, un véhicule et une IA agentique, ce qui nous donne « un cerveau pour une vie toujours en mouvement ». Re-paf !


ET POUR FINIR… LE BON PLAN (PROMO) DE LA SEMAINE

Votre pub ici ?

Cette semaine, on profite du fait de ne pas avoir de pub pour vous proposer de faire la vôtre chez nous !

En plus de faire votre promo et de toucher des dizaines de milliers de lecteurs toujours très intéressés par ce qu’on leur raconte, vous soutenez un média 100% indépendant (et ça, c’est quand même pas mal).

Donc voilà, si vous aussi, vous voulez annoncer dans Tech Trash, rien de plus simple : écrivez-nous à hello@techtrash.fr et on vous enverra notre jolie plaquette ✨

On attend de vos nouvelles ! Allez, bisous.



Allez, bisous !Allez, bisous !

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(On espère que vous êtes contents). ❤️‍🔥

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Bonus : Tenez-le vous pour dit : l’amour est de retour ! – La police française utilise la reconnaissance faciale illégalement depuis 4 ans – Vous êtes-vous déjà demandé combien nous coûtait la désinformation ? On a désormais la réponse, et c’est très cher – Qui gagnera la compèt pour un logo « garanti sans IA » ? La course est lancée« L'IA ne ment pas plus que Word ou Powerpoint » dixit Sarah Knafo – La même Sarah tout de go chaudement félicitée par notre Laurent Alexandre national – La Norvège part officiellement en croisade contre l’enshitification, et c’est aussi fantasque que cool – Apple est en train de casser TikTok avec des vidéos chelousPas de retraite à 65 ans pour Tim Cook – Les robots-chiens de Boston Dynamics ont trouvé une nouvelle activité : garder des datacenters – Tandis que les Bleus ont désormais leur assistant IA officiel pour la Coupe du Monde – Visiblement, personne ne veut manger un bout au « Tesla-diner » – Et sinon, vous êtes prêts pour le reset ? – Et pour finir, une urne connectée pour écouter de la musique dans l’au-delà, ça vous dit ? – La suite… la semaine prochaine !


Nota Bene : si jamais vous recevez ce mail alors que vous vous étiez déjà désincrit il y a quelque temps, si vous le recevez en double, si vous avez l’impression de ne plus recevoir Tech Trash, ou encore que votre newsletter favorite arrive désormais dans les spams, n’hésitez pas : écrivez-nous à hello@techtrash.fr. On répond à tout le monde (même si ça peut mettre quelques jours), requêtes, questions, mots d’amour… promis 😘

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